Au-delà du triumvirat Angkor Wat-Bayon-Ta Prohm, le parc archéologique d'Angkor et ses extensions provinciales abritent plusieurs dizaines de sanctuaires qui couvrent près de cinq siècles d'architecture khmère. Ces autres temples d'Angkor — de Banteay Srei la rose à Preah Vihear perché sur sa falaise, en passant par les pyramides de Roluos, Pre Rup au coucher de soleil ou Sambor Prei Kuk inscrit à l'UNESCO en 2017 — constituent souvent la part la plus émouvante d'un séjour. Ce guide vous emmène temple par temple, du grand circuit aux excursions de jungle, avec horaires, tarifs APSARA Authority et conseils logistiques.
Ta Prohm revisité : la jungle vivante
Ta Prohm reste l'incarnation la plus emblématique de l'imaginaire des temples engloutis par la forêt, mais la plupart des visiteurs n'en voient qu'une infime partie. Construit en 1186 par Jayavarman VII pour honorer sa mère, ce monastère bouddhiste de plus de 60 hectares abritait à l'origine environ 12 500 personnes, dont 18 grands prêtres et 615 danseuses sacrées, d'après l'inscription de fondation traduite par les chercheurs de l'École française d'Extrême-Orient (EFEO).
Le choix de conserver le temple sous son enveloppe végétale remonte à un parti pris archéologique posé dès le début du XXᵉ siècle par l'EFEO, repris aujourd'hui sous l'égide de l'APSARA Authority. Les opérations contemporaines de stabilisation, menées en collaboration avec l'Archaeological Survey of India et conduites côté cambodgien par l'architecte Ang Chea, consistent à étayer racines et galeries plutôt qu'à les arracher. Pour échapper aux groupes, entrez par la porte est, peu fréquentée, vers 7 h 30, ou prévoyez une seconde visite en fin d'après-midi : la lumière rasante dramatise les fromagers (Tetrameles nudiflora) et les ficus étrangleurs (Ficus religiosa).
Banteay Srei : la citadelle des femmes en grès rose
Banteay Srei est sans doute le temple le plus délicatement sculpté de tout l'art khmer. Édifié en 967 sous le règne de Jayavarman V par le brahmane Yajnyavaraha, précepteur du roi, ce sanctuaire dédié à Shiva se trouve à 37 km au nord-est de Siem Reap, au pied des contreforts du Phnom Dei. Le nom signifie « citadelle des femmes », interprétation moderne inspirée par la finesse quasi miniature des bas-reliefs.
Un grès rose taillé comme du bois
L'originalité de Banteay Srei tient à son matériau et à son échelle. Le grès rose-orangé, plus tendre que la pierre des grands temples, a permis aux tailleurs de fouiller la matière avec une précision d'orfèvre. Les linteaux représentant le combat de Vishnou contre les démons Hayagriva, Indra chevauchant Airavata ou Krishna terrassant Kamsa comptent parmi les sommets de l'iconographie khmère. Le temple, d'à peine quelques mètres de haut, frappe par la densité de ses motifs floraux, ses devatas souriantes et ses gardiens singes.
L'affaire Malraux et la redécouverte
Banteay Srei fut redécouvert en 1914 par l'EFEO mais c'est l'affaire Malraux, en 1923 — lorsque le jeune écrivain tenta d'emporter plusieurs devatas — qui propulsa le site dans la conscience patrimoniale internationale. La restauration par anastylose menée à partir de 1931 par Henri Marchal y servit de modèle pour tous les chantiers ultérieurs d'Angkor. Comptez 1 h sur place et arrivez avant 10 h pour profiter de la lumière oblique qui révèle la finesse des sculptures.
Preah Khan : l'épée sacrée de Jayavarman VII
Preah Khan, « l'épée sacrée », est l'un des plus vastes ensembles monastiques du parc, étendu sur 56 hectares à 2 km au nord d'Angkor Thom. Construit en 1191 par Jayavarman VII sur le site d'une bataille victorieuse contre les Cham, le temple commémorait la mémoire du père du roi et abritait à son apogée plus de 100 000 fonctionnaires, prêtres et danseurs, selon la stèle de fondation déchiffrée par George Cœdès.
Le plan en croix grecque, les quatre entrées cardinales bordées d'allées de garudas et les longues galeries voûtées en encorbellement font de Preah Khan un musée à ciel ouvert de l'art khmer tardif. Ne manquez pas la bibliothèque à étage de l'allée orientale, unique structure à colonnes rondes de tout Angkor — son rôle exact reste débattu par les archéologues. La pénombre des couloirs, ponctuée d'arbres et de pans de mur effondrés, offre une expérience cousine de Ta Prohm avec une fraction des visiteurs.
Ta Som : le petit bijou au ficus étrangleur
Ta Som est un petit temple bouddhiste de la fin du XIIᵉ siècle, fondé par Jayavarman VII en hommage à son père et situé sur le grand circuit, juste à l'est de Neak Pean. Compact, restauré dans les années 2000 par le World Monuments Fund, il se visite en 25 à 30 minutes et reste l'un des sanctuaires les plus paisibles du parc archéologique.
Le clou du spectacle se trouve à la sortie est : un gopura entièrement enserré par un ficus étrangleur dont les racines coiffent les visages de Lokeshvara sculptés dans la pierre. Entrez par l'ouest pour découvrir cette image en surprise finale, puis prenez le temps d'admirer les devatas bien conservées des galeries intérieures. Ta Som constitue une excellente « répétition » avant ou après Ta Prohm, dans une ambiance bien plus intime.
Neak Pean : l'île hôpital de l'empire
Neak Pean, « les serpents enlacés », est l'un des sanctuaires les plus singuliers d'Angkor. Bâti à la fin du XIIᵉ siècle par Jayavarman VII, il s'élève sur une île circulaire au centre d'un bassin carré flanqué de quatre bassins plus petits, chacun relié au bassin central par une gargouille en forme de tête d'éléphant, de cheval, de lion et d'homme.
Le temple matérialise le lac mythique Anavatapta, cosmologie bouddhiste dont les eaux étaient réputées guérir toutes les maladies. Neak Pean appartenait au vaste réseau hospitalier de Jayavarman VII, qui fit édifier 102 hôpitaux à travers l'empire khmer. Les pèlerins s'y baignaient pour traiter des maux spécifiques selon le bassin choisi. Une passerelle de bois traverse aujourd'hui un marécage boisé d'environ 300 m pour rejoindre le site — le sanctuaire se contemple depuis la berge. En saison des pluies (juin-octobre), les bassins se remplissent et la magie opère pleinement.
Pre Rup : le temple-montagne et son coucher de soleil
Pre Rup est un temple-montagne hindouiste en briques, latérite et grès, érigé en 961 sous Rajendravarman II et dédié à Shiva. Son nom, qui signifie « tourner le corps », évoquerait les rites funéraires de crémation qui s'y déroulaient. La pyramide à trois niveaux culmine à environ 12 m et porte cinq tours en briques disposées en quinconce.
Depuis le sommet, le panorama s'ouvre à 360° sur les rizières de la plaine d'Angkor et la silhouette lointaine du Phnom Bok. Pre Rup s'impose comme l'alternative la plus crédible au Phnom Bakheng pour le coucher de soleil — moins de visiteurs, pas de quota d'accès, des marches courtes mais raides. Arrivez vers 16 h 45 en saison sèche pour vous installer côté ouest. C'est aussi l'ultime étape naturelle du grand circuit et le point d'orgue d'une journée à vélo ou en tuk-tuk.
East Mebon : l'île disparue du Baray oriental
L'East Mebon, achevé en 952 par Rajendravarman II, occupait jadis le centre du Baray oriental, un réservoir hydraulique d'environ 7 km sur 1,8 km aujourd'hui complètement asséché. Le temple-montagne se compose de trois niveaux surmontés de cinq tours en briques, dans une parenté évidente avec Pre Rup, fondé neuf ans plus tard par le même souverain.
Sa signature visuelle, ce sont les éléphants de pierre grandeur nature taillés en ronde-bosse aux quatre angles des deux premiers niveaux — huit pachydermes au total, parmi les plus belles sculptures animalières d'Angkor. Les linteaux des tours évoquent Indra sur Airavata, Vishnou et Shiva. Les murs de latérite conservent les trous d'ancrage des plaques de métal précieux qui revêtaient autrefois la façade. Pèlerins et dignitaires accédaient à l'origine au sanctuaire par bateau, image fascinante d'un temple émergeant des eaux.
Banteay Samré : la résidence raffinée
Banteay Samré, édifié au milieu du XIIᵉ siècle sous Suryavarman II — le commanditaire d'Angkor Wat —, partage la même esthétique classique angkorienne mais à une échelle bien plus humaine. Situé à 400 m à l'est du Baray oriental, ce temple hindouiste consacré à Vishnou doit son nom au peuple Samré qui peuplait la région.
L'enceinte concentrique, les galeries voûtées et la cour centrale donnent au visiteur l'illusion d'arpenter un palais miniature. Les bas-reliefs des frontons, restaurés par anastylose dans les années 1940 sous la direction de Maurice Glaize, comptent parmi les plus narratifs du parc : on y reconnaît des épisodes du Ramayana et la légende de Krishna. La fréquentation reste faible : 30 minutes suffisent, mais on peut facilement y passer une heure si l'on aime les détails sculpturaux.
Beng Mealea : le temple perdu à 60 km
Beng Mealea est probablement le temple le plus romantique du Cambodge. Construit sous Suryavarman II selon un plan presque identique à celui d'Angkor Wat, il s'étend sur près d'un kilomètre de côté et reste largement abandonné à la forêt qui l'a colonisé depuis huit siècles. Le site se trouve à 60 km au nord-est de Siem Reap, soit 1 h 30 de route via la NR6 puis la NR62.
Une passerelle de bois, installée à l'origine pour le tournage du film français « Deux frères » de Jean-Jacques Annaud en 2003, permet aujourd'hui de parcourir les galeries effondrées sans piétiner les blocs sculptés. Comptez 1 h 30 à 2 h sur place, un droit d'entrée d'environ 5 € (5 USD) en supplément du pass Angkor et la possibilité de combiner la visite avec Koh Ker dans la même journée. Beng Mealea reste un terrain de jeu unique pour amateurs de pierre brute et de silence.
Koh Ker : la pyramide oubliée à 120 km
Koh Ker fut brièvement la capitale de l'empire khmer entre 928 et 944, lorsque Jayavarman IV déplaça le pouvoir hors d'Angkor. Le site se trouve à 120 km au nord-est de Siem Reap, soit 2 h 30 à 3 h de route. Une route bétonnée a remplacé l'ancienne piste défoncée et ouvert le site à des excursions à la journée.
L'emblème de Koh Ker, c'est Prasat Thom, une pyramide de sept niveaux culminant à 36 m, totalement atypique dans l'architecture khmère. Un escalier de bois récemment réinstallé permet de gravir la structure et de contempler la canopée de la forêt domaniale du Preah Vihear à perte de vue. Le « groupe » de Koh Ker compte plus de 180 sanctuaires recensés, dont une vingtaine accessibles ; le droit d'entrée s'élève à environ 14 € (15 USD), distinct du pass Angkor.
Preah Vihear : le sanctuaire UNESCO de la falaise
Preah Vihear, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2008, domine la frontière thaïlando-cambodgienne du haut d'une falaise des monts Dangrek à 525 m d'altitude. Édifié entre le IXᵉ et le XIIᵉ siècle par plusieurs souverains, dont Yasovarman Iᵉʳ et Suryavarman Iᵉʳ, le sanctuaire est dédié à Shiva et s'étire sur 800 m d'axe nord-sud, articulé par quatre gopuras et une longue voie processionnelle.
Le site fut au cœur d'un conflit territorial avec la Thaïlande, tranché en faveur du Cambodge par la Cour internationale de justice en 1962, puis à nouveau en 2013 sur la zone environnante. L'accès se fait par la province cambodgienne de Preah Vihear, à plus de 200 km de Siem Reap (4 h de route) puis en 4x4 jusqu'au plateau. Le droit d'entrée tourne autour de 9 € (10 USD). Le panorama depuis le mahaprasat, qui surplombe la plaine cambodgienne sur 800 m de dénivelé, justifie à lui seul l'effort logistique.
Sambor Prei Kuk : le berceau pré-angkorien
Sambor Prei Kuk, dans la province de Kampong Thom à environ 200 km au sud-est de Siem Reap, regroupe les vestiges d'Isanapura, capitale de l'empire pré-angkorien du Chenla au VIIᵉ siècle. Inscrit au patrimoine mondial UNESCO en 2017, le site précède Angkor de plus de deux siècles et conserve plus d'une centaine de sanctuaires en briques disséminés sous une forêt dense.
Les tours octogonales, motif unique dans l'architecture khmère, et les linteaux finement sculptés au cadre arqué portent les signatures stylistiques qui inspireront tout l'art angkorien ultérieur. Trois groupes principaux — Prasat Sambor au nord, Prasat Yeai Poeun au centre et Prasat Tao au sud — se parcourent à pied en boucle ombragée d'environ 2 h. Le site, encore très peu fréquenté, accueille un droit d'entrée d'environ 9 € (10 USD). Combinez-le avec un retour vers Siem Reap par Kampong Thom et un déjeuner d'amok au bord du Stung Sen.
Comment intégrer ces temples à votre itinéraire
| Temple | Distance Siem Reap | Pass APSARA | Durée visite | Moment idéal |
|---|---|---|---|---|
| Banteay Srei | 37 km | Inclus | 1 h | Matin (8-10 h) |
| Preah Khan | 10 km | Inclus | 1 h 15 | Matin ou fin d'après-midi |
| Ta Som | 14 km | Inclus | 30 min | Grand circuit, matin |
| Neak Pean | 13 km | Inclus | 40 min | Grand circuit, saison des pluies |
| Pre Rup | 12 km | Inclus | 40 min | Coucher de soleil (16 h 45) |
| East Mebon | 13 km | Inclus | 30 min | Grand circuit, matin |
| Banteay Samré | 15 km | Inclus | 45 min | Après East Mebon |
| Beng Mealea | 60 km | Billet séparé ~5 € (5 USD) | 1 h 30 | Excursion à la journée |
| Koh Ker | 120 km | Billet séparé ~14 € (15 USD) | 2 h | Combiné avec Beng Mealea |
| Preah Vihear | 210 km | Billet séparé ~9 € (10 USD) | 2 h sur place | Excursion 1 à 2 jours |
| Sambor Prei Kuk | 200 km | Billet séparé ~9 € (10 USD) | 2 h | Sur la route Phnom Penh-Siem Reap |
Bon à savoir : le pass Angkor d'APSARA Authority s'achète obligatoirement au Angkor Enterprise Ticket Office, à 4 km à l'est de Siem Reap sur la route 60. Les tarifs indicatifs sont d'environ 34 € (37 USD) pour un jour, 58 € (62 USD) pour trois jours utilisables sur dix jours et 67 € (72 USD) pour sept jours utilisables sur un mois. Les enfants de moins de 12 ans entrent gratuitement sur présentation du passeport.
Combiner judicieusement les circuits
Une journée « hors des sentiers battus » bien construite enchaîne Banteay Srei au lever, puis Banteay Samré, East Mebon, Pre Rup, Ta Som, Neak Pean et Preah Khan en suivant la boucle du grand circuit. Réservez une seconde journée pour Beng Mealea seul ou combiné avec Koh Ker. Preah Vihear se traite en aller-retour de deux jours avec une nuit à Sra Em. Sambor Prei Kuk s'insère naturellement sur le trajet Phnom Penh-Siem Reap, en remontant la NR6 via Kampong Thom.
Questions fréquentes sur les autres temples d'Angkor
Les temples secondaires valent-ils le détour ?
Beaucoup de voyageurs expérimentés affirment garder Banteay Srei, Ta Som ou Pre Rup au coucher de soleil comme leurs souvenirs les plus marquants, davantage encore que la foule d'Angkor Wat. Ces sanctuaires se parcourent dans le calme et révèlent la diversité stylistique de l'art khmer entre le IXᵉ et le XIIIᵉ siècle, avec des ambiances que les trois stars ne peuvent plus offrir aux heures de pointe.
Les temples de Roluos nécessitent-ils un billet séparé ?
Non, le groupe de Roluos — Bakong, Preah Ko, Lolei — est entièrement couvert par le pass Angkor standard géré par APSARA Authority. Les trois sites se trouvent à 13 km au sud-est de Siem Reap, soit 20 à 25 minutes en tuk-tuk. Prévoyez 1 h 30 à 2 h pour les enchaîner sereinement, idéalement en fin d'après-midi pour profiter d'une lumière douce.
Quel pass choisir pour visiter ces temples méconnus ?
Le pass de trois jours est le meilleur compromis : il permet d'inclure une journée pour Banteay Srei et le grand circuit, une journée pour le petit circuit et une journée libre pour Beng Mealea ou Koh Ker. Tarif indicatif : 58 € (62 USD). Pour Preah Vihear et Sambor Prei Kuk, les billets sont vendus sur place indépendamment du pass.
Faut-il un guide francophone pour ces temples ?
Pour Banteay Srei, Preah Khan ou Sambor Prei Kuk, un guide francophone fait gagner énormément en lecture iconographique. Comptez environ 35 à 45 € (38 à 49 USD) la journée pour un guide officiel, à réserver via votre hôtel ou les agences locales accréditées par le ministère du Tourisme cambodgien. Pour les temples du grand circuit, un audioguide ou une bonne lecture préparatoire suffisent souvent.
Quand visiter pour éviter la foule ?
La basse saison (mai-septembre) garantit des sites quasi déserts, à l'exception d'averses tropicales courtes. Même en haute saison (novembre-février), les temples comme Ta Som, Banteay Samré ou East Mebon restent paisibles dès lors que l'on évite la tranche 10 h-14 h. Visez les premières heures du matin ou les fins d'après-midi : la lumière y est meilleure et la fréquentation chute fortement.
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