Par une matinée claire, quand le soleil rasant illumine les stupas dorés au sommet de la colline et que les rizières en contrebas miroitent comme des miroirs fragmentés, Oudong vous coupe le souffle. Cette ancienne capitale royale, perchée sur une crête boisée à 40 km au nord de Phnom Penh, fut le centre du pouvoir cambodgien pendant près de deux cent cinquante ans.
De 1618 à 1866, pas moins de trente rois y régnèrent successivement, avant que le roi Norodom ne transfère le siège royal vers Phnom Penh sous l'influence française. Aujourd'hui, ses stupas royaux dorés, ses monastères actifs où résonnent les chants des moines à l'aube, et ses vues panoramiques sur un océan de rizières en font une excursion d'une demi-journée idéale.
C'est aussi un lieu chargé de mémoires plus sombres — les Khmers rouges y ont commis des massacres dont les cicatrices sont encore visibles. Oudong condense, sur une seule colline, toute la complexité de l'histoire cambodgienne.
Histoire d'Oudong
Capitale Royale (1618-1866)
Oudong devint la capitale du Cambodge lorsque le roi Srey Soryopor y transféra la cour en 1618, fuyant les invasions siamoises qui avaient dévasté la précédente capitale de Lovek.
Le choix de cette colline n'était pas anodin : sa position élevée offrait une défense naturelle et une surveillance des plaines environnantes, tandis que les rivières proches garantissaient l'accès aux voies commerciales.
La ville connut des périodes de prospérité et de déclin dramatiques, marquée par :
- Les rivalités dynastiques souvent sanglantes entre prétendants au trône
- Les ingérences siamoises — la ville fut saccagée à plusieurs reprises
- Les interventions vietnamiennes dans les affaires du royaume
- Les pillages d'envahisseurs qui emportèrent trésors et statues sacrées
Malgré ces épreuves, Oudong resta le cœur spirituel et politique du Cambodge jusqu'à ce que l'influence française oriente le destin de la nation vers Phnom Penh, plus accessible par le fleuve et plus propice au commerce colonial.
Destruction sous les Khmers Rouges
L'histoire d'Oudong prend un tournant tragique pendant le régime des Khmers rouges (1975-1979). Plusieurs temples et stupas furent dynamités ou endommagés, et la colline servit de lieu d'exécution.
Des fosses communes ont été découvertes sur le site et dans les environs — on estime que des milliers de personnes y furent assassinées.
Un mémorial au pied de la colline rend hommage aux victimes, avec un petit stupa contenant des crânes et des ossements exhumés.
Ce mémorial, sobre et poignant, rappelle que derrière la beauté des paysages cambodgiens se cache souvent une histoire douloureuse.
Renaissance Contemporaine
Depuis les années 1990, la reconstruction des monuments d'Oudong s'est poursuivie avec le soutien de :
- La communauté bouddhiste cambodgienne et internationale
- Le gouvernement royal du Cambodge
- Des donateurs japonais, coréens et thaïlandais
Le grand stupa Vireaksey a été restauré dans toute sa splendeur dorée, de nouveaux monastères ont été édifiés, et le site est redevenu un lieu de pèlerinage important.
Chaque jour de pleine lune, des fidèles montent les marches pour prier et faire des offrandes — une preuve vivante de la résilience de la foi bouddhiste au Cambodge.
Le saviez-vous ? Le nom « Oudong » vient du pali « uttung » qui signifie « suprême » ou « magnifique ». La colline fait environ 100 mètres de hauteur et offre deux crêtes distinctes, chacune couronnée de monuments historiques.
Que Voir à Oudong
Les Stupas Royaux
Le sommet de la colline principale abrite quatre stupas royaux contenant les cendres de souverains cambodgiens.
Alignés sur la crête comme des sentinelles dorées veillant sur les plaines, ils constituent l'attraction principale du site :
- Stupa Vireaksey : le plus impressionnant, doré et visible à des kilomètres, dédié au roi Ang Duong (1796-1860), grand-père du roi Norodom. Forme octogonale élancée
- Stupa Trey Troeng : forme distinctive en trois tours, dédié au roi Monivong
- Stupa de la princesse : plus modeste, blanc, abritant les cendres d'une princesse dont le nom s'est perdu
- Stupa récent : construit au XXe siècle, il complète l'alignement sur la crête
Chaque stupa est orné de sculptures narratives et de motifs floraux caractéristiques de l'art bouddhique khmer, et les fidèles y déposent régulièrement des fleurs de lotus fraîches et des bâtons d'encens.
Le Grand Bouddha
Un immense Bouddha blanc assis trône sur la seconde crête de la colline, visible de très loin dans la plaine. Construit récemment, il contraste avec l'ancienneté des stupas royaux mais offre un point de repère saisissant.
La plateforme sur laquelle il repose offre l'une des meilleures vues panoramiques du site — c'est ici que je recommande de faire une pause pour absorber l'immensité du paysage.
Les Monastères
Plusieurs monastères bouddhistes actifs parsèment la colline et ses abords :
- Vihara Suor : le plus ancien, avec ses fresques murales illustrant les jatakas (vies antérieures du Bouddha)
- Monastères de la base : communautés vivantes de moines en robe safran, études du pali et du dharma
- École monastique : jeunes novices qui accueillent les visiteurs avec bienveillance
Il n'est pas rare qu'un jeune moine engage la conversation en anglais, hésitant et souriant, trop heureux de pratiquer la langue avec un étranger.
C'est l'occasion d'observer la vie monastique dans un cadre authentique, loin des temples touristiques de Siem Reap.
Le Mémorial des Khmers Rouges
Au pied de la colline, un petit mémorial contient les restes des victimes du génocide. Un stupa de verre renferme des crânes et des ossements exhumés des fosses communes. Ce lieu de recueillement, moins connu que Choeung Ek ou Tuol Sleng, n'en est pas moins émouvant.
La Vue Panoramique
La récompense de la montée : un panorama à 360° spectaculaire :
- Rizières s'étendant à perte de vue dans toutes les directions
- Villages sur pilotis émergeant de la verdure
- Méandres des rivières serpentant comme des rubans d'argent
- Par temps clair, silhouettes des montagnes des Cardamomes à l'horizon
Le spectacle est particulièrement saisissant en saison des pluies (juillet-octobre), quand les rizières verdoyantes miroitent sous le soleil comme une mer intérieure.
La Randonnée
L'Escalier Principal (côté nord)
La montée prend 20 à 30 minutes par un escalier en béton en bon état, bordé de rampes. Le dénivelé est modéré (environ 100 mètres) et accessible à la plupart des visiteurs en bonne condition physique. C'est l'accès le plus emprunté et le mieux entretenu.
L'Accès Secondaire (côté sud)
Un second accès traverse une zone boisée plus ombragée et passe près du mémorial — c'est l'itinéraire que je préfère, moins fréquenté et plus atmosphérique. Des singes macaques peuplent les arbres le long du chemin.
Ravitaillement
- Vendeurs de boissons fraîches et fruits au pied de la colline (prix normaux)
- Vendeurs au sommet (prix légèrement majorés : eau à 0,50 USD au lieu de 0,25 USD)
- Petits restaurants au pied avec riz, nouilles et plats simples (1-3 USD)
Option Sans Escalier
Pour les visiteurs qui ne peuvent pas monter les escaliers, des motos-taxis proposent de gravir la pente par une route secondaire pour 1-2 USD. L'option n'est pas très confortable mais rend le site accessible à tous.
Attention : La montée est exposée au soleil, surtout le matin. Apportez impérativement de l'eau (au moins 1 litre), un chapeau et de la crème solaire. Évitez la montée entre 11h et 14h. Les marches peuvent être glissantes après la pluie.
En Route vers Oudong
Le trajet de 40 km entre Phnom Penh et Oudong est en soi une expérience — ne dormez pas dans le tuk-tuk.
La route nationale 5 traverse des paysages ruraux typiques du Cambodge :
- Marchés de bord de route débordant de fruits tropicaux
- Ateliers de poterie avec jarres et pots façonnés à la main
- Villages de maisons sur pilotis sous les palmiers à sucre
- Troupeaux de buffles d'eau se prélassant dans les mares
- Pagodes aux toitures dorées surgissant au milieu des rizières
Demandez à votre chauffeur de s'arrêter dans un atelier de poterie en chemin — les artisans façonnent des jarres, des pots et des braseros selon des techniques inchangées depuis des siècles, et c'est gratuit à visiter.
Informations Pratiques
| Information | Détail |
|---|---|
| Distance de Phnom Penh | 40 km (1h en voiture, 1h30 en tuk-tuk) |
| Durée de visite | 2 à 3 heures sur le site |
| Tarif | Gratuit (donations bienvenues aux monastères) |
| Transport tuk-tuk | 20-25 USD aller-retour avec attente |
| Transport voiture | 35-50 USD avec chauffeur, climatisation appréciable |
| Meilleur moment | Matin tôt (7h-10h) ou fin d'après-midi (15h-17h) |
| Code vestimentaire | Épaules et genoux couverts dans les monastères |
| Combinable avec | Ateliers de poterie, Koh Dach, Kompong Luong |
Conseil : Prévoyez un départ vers 7h de Phnom Penh pour profiter de la fraîcheur matinale et être de retour pour le déjeuner, ou partez vers 14h pour attraper la lumière dorée de fin d'après-midi sur les stupas.
Astuce budget : Si vous êtes plusieurs, partagez un tuk-tuk ou une voiture — le prix est par véhicule, pas par personne. Pour les voyageurs solo, certaines guesthouses de Phnom Penh organisent des excursions de groupe à Oudong pour 10-15 USD par personne tout compris.
Maillage Interne
- Guide Complet de Phnom Penh
- Excursions depuis Phnom Penh
- L'Empire Khmer
- Le Bouddhisme au Cambodge
- Khmers Rouges : Histoire
- Choeung Ek (Killing Fields)
- Guide Complet du Cambodge
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